Château de Clermont au Cellier
Au Cellier, une allée ombragée s’ouvre sur une façade de brique rouge et de pierre blanche, tournée vers la Loire depuis le XVIIe siècle. Je m’y arrête souvent, sur le chemin qui longe le fleuve entre Oudon et Nantes : le château de Clermont au Cellier garde la mémoire de deux hommes que rien, en apparence, ne devait réunir.

Au sommaire
Le château de Clermont au Cellier, résidence d’un gouverneur de la Loire
Le château fut construit entre 1643 et 1649 pour René Chenu, gentilhomme de la Chambre du Roi, au lendemain de la victoire de Rocroi qui sauva le trône du jeune Louis XIV. Chenu occupait alors une charge qui résonne particulièrement pour moi : il fut gouverneur des places fortes d’Oudon et de Champtoceaux, ces mêmes verrous qui commandaient jadis le cours du fleuve, à quelques kilomètres seulement d’ici.
Le château domine encore aujourd’hui la vallée de la Loire, non loin de Nantes. On y devine, en filigrane, le même regard qu’un gouverneur devait porter sur son territoire : celui d’un homme chargé de veiller sur un fleuve qu’il ne maîtrisait jamais tout à fait.

Un lien discret avec les places fortes de la Loire
Ce n’est pas un hasard si le choix du site rappelle tant les forteresses voisines. La vue dégagée sur la vallée, la position en surplomb : les mêmes principes qui ont guidé l’implantation de la Tour d’Oudon et de la Citadelle de Champtoceaux se retrouvent ici, à une échelle plus domestique.
Le refuge de Louis de Funès
Deux siècles plus tard, le domaine passe entre les mains de la famille Nau de Maupassant, puis à Jeanne Barthélémy, nièce de la comtesse Marie Barthélémy et épouse de l’acteur Louis de Funès. Le couple y passe ses vacances dès les années 1940, loin des studios et de l’agitation parisienne.
À la mort de sa tante en 1963, Jeanne hérite d’une moitié du château, en indivision avec six autres cohéritiers. Faute d’accord pour racheter l’ensemble, le domaine est mis aux enchères en janvier 1967 : porté par le succès de La Grande Vadrouille, Louis de Funès l’acquiert pour redonner à son épouse le château de son enfance. Le couple s’y installe durablement ; l’acteur s’y adonne au jardinage, cultivant notamment une grande roseraie, et y vit jusqu’à sa mort, en 1983.

Un domaine aujourd’hui partagé
Trois ans après sa mort, sa veuve vend le château à une association qui accompagne des personnes en situation de handicap. Celle-ci conserve la roseraie de Louis de Funès, transformée en atelier d’horticulture. En 2005, faute de moyens pour l’entretenir, le domaine est cédé à un promoteur immobilier qui y aménage une quarantaine de logements ; les premiers habitants s’y installent en 2009. De 2014 à 2016, l’orangerie du château accueille le Musée de Louis, avant sa fermeture.
Aujourd’hui, le château est une propriété privée qui ne se visite pas. Mais son parc naturel reste accessible aux promeneurs, qui peuvent apercevoir la façade depuis les abords.

Une lecture de paysage familière
Ce choix d’implantation n’est pas propre au château de Clermont. Dans ma pratique de géobiologue, j’observe souvent ce même réflexe chez les bâtisseurs anciens : privilégier les points hauts, les vues dégagées, les lieux où l’œil porte loin sur l’eau. René Chenu, en choisissant ce promontoire au-dessus de la Loire, obéissait sans doute aux mêmes intuitions que celles qui avaient guidé, des siècles plus tôt, l’implantation de la Tour d’Oudon ou de la Citadelle de Champtoceaux : la rivière comme repère, comme frontière, comme ressource.
Ces intuitions, on continue de les retrouver aujourd’hui dans la manière dont on choisit d’habiter un lieu — et c’est précisément ce que j’observe, à une tout autre échelle, lorsque j’accompagne l’harmonisation d’un lieu de vie en Vallée de la Loire.
Une étape sur le chemin
Pour qui remonte la Loire depuis Oudon ou redescend depuis Le Cellier, cette portion du chemin offre une pause différente des grands sites patrimoniaux : pas de visite guidée, pas de billet d’entrée, seulement un fleuve, un parc, et une façade qui semble attendre patiemment que le temps continue de passer sans elle.
Je m’y arrête volontiers, moins pour l’histoire elle-même que pour ce qu’elle raconte du territoire : ces mêmes lieux — Oudon, Champtoceaux, Le Cellier — ont accueilli, siècle après siècle, des vies très différentes, sans jamais perdre ce lien profond avec le fleuve. C’est ce fil que je retrouve, moi aussi, dans mon accompagnement énergétique au fil des saisons : rester attentif à ce qui, dans un lieu, traverse le temps sans se presser.






